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Ach ! Angie, c’est fini ?

J’ai un aveu à faire, et je suis conscient que ce n’est pas nécessairement le meilleur endroit pour le faire : j’aime Angela Merkel. Ou plutôt, je l’aimais.

 

J’étais même quasiment inconditionnel, tel Albrecht Humboldt, le Merkel-Boy du Heute Show (sans les cheveux gominés). J’aimais ses talents de comédienne, ses rires de petite fille ou ses mines de cocker auquel on a refusé la promenade (comme dimanche soir à l’annonce des résultats) – tout en manipulant son entourage et en amenant ses alliés politiques, notamment masculins, à faire exactement ce qu’elle voulait depuis le début, Edmund Stoiber ou Nicolas Sarkozy en ont fait l’amère expérience. Du grand art.

 

Certes, mon admiration avait connu un premier accroc lorsqu’Angela refusa de rencontrer François Hollande, tout en soutenant ostensiblement la campagne de Nicolas Sarkozy. Mais après le 6 mai, les choses avaient semblé s’arranger, même si pour l’instant, cela ne suffit pas encore pour un vrai talk-show commun sur Arte.

 

Mes ardeurs s’étaient donc quelque peu refroidies, mais elles avaient encore la vigueur, disons, d’une amitié quinquagénaire, lorsque dimanche dernier, dans le land de Basse-Saxe, la coalition sortante entre la CDU et les libéraux du FDP s’est fait coiffer sur le poteau par le SPD et les Verts : 45,9 % des voix pour les uns, 46,3% pour les autres, soit 68 sièges contre 69 au Landtag de Hanovre. Logiquement, David McAllister, l’actuel ministre-président CDU, devrait donc laisser la place à Stephan Weil (SPD) et ce, malgré le soutien apporté au premier par une chancelière qui bat (encore) des records de popularité, mais a désormais perdu la majorité à la chambre haute, le Bundesrat. Le vent tournerait-il ?

 

Il est vrai que le bilan du gouvernement (fédéral) laisse plutôt à désirer : la réforme fiscale promise s’est surtout limitée à une baisse de la TVA pour les hôteliers (ce n’est pas en France qu’un gouvernement irait faire du clientélisme au bénéfice de ce secteur…), la cacophonie a été quasiment permanente depuis 2009, tant sur les questions sociétales (la parité doit-elle être imposée aux entreprises par la loi – oui, non, peut-être ?) que sur l’économie (la Grèce doit-elle sortir de la zone euro – oui, non, peut-être ?), voire tout récemment en politique étrangère (faut-il soutenir l’intervention française au Mali – oui, non, peut-être ?). Là encore, ce n’est pas en France, où les gouvernement de droite comme de gauche sont toujours un modèle de cohésion, que des choses pareilles arriveraient. Le pompon a été l’adoption (à compter d’août 2013) du Betreuungsgeld, une allocation versée aux familles choisissant de ne pas confier leurs enfants aux crèches ou aux jardins d’enfants, vite surnommée Herdprämie (« prime aux fourneaux »). Or, les ministres de la Famille, des Affaires sociales et même le chef du gouvernement sont des femmes… On frémit à l’idée de ce qui se passerait si leurs postes étaient occupés par des hommes.

 

Certes, dira-t-on, l’économie est florissante. Mais il apparaît de plus en plus clairement (même pour les médias allemands) que la bonne santé de l’Allemagne n’a pas profité à ses partenaires européens, c’est le moins qu’on puisse dire. Pire, le gouvernement, et notamment ma chère Angela, n’ont accepté qu’à contrecœur les mesures de soutien aux États de l’UE en difficulté.

 

Bref, il n’est pas exclu que les résultats de Basse-Saxe augurent de ceux des élections fédérales de septembre. Même un admirateur inconditionnel ne doit pas se laisser emporter par ses sentiments : si Merkel porte la poisse, il est grand temps de retourner sa veste.

 

Emmanuel Faure

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