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Ach ! Freundschaft, Tochter aus dem Élysée-Vertrag ?

L’importance du Traité de l’Élysée, dont on fêtera mardi 22 les 50 ans, ne fait aucun doute, et il constitue l’un des temps forts de la réconciliation franco-allemande. On pense bien sûr aux sommets franco-allemands, avec leurs couples plus ou moins harmonieux et leurs photos qui ont fait l’histoire, de Reims (1962) à Verdun (1984), série inaugurée par les visites officielles de K. Adenauer en France, puis de Ch. de Gaulle en Allemagne. Tout aussi fondamentale a été la création de l’OFAJ, qui œuvre au rapprochement appelé de ses vœux par de Gaulle (cf. son discours à la jeunesse allemande) et a servi de modèle à la réconciliation germano-polonaise. Enfin, c’est dans la droite ligne du Traité de 1963 que se situe la fondation ultérieure de deux institutions, Arte (1990), aujourd’hui référence culturelle en Europe, et l’Université franco-allemande (1999), structurant un réseau d’accords entre universités des deux pays.

 

Toutefois, sans faire injure à ses négociateurs, on rappellera que le Traité de 1963 a surtout été le point culminant de 15 ans de rapprochement entre les deux anciens ennemis. Dès le lendemain de la Seconde guerre mondiale en effet, les deux pays s’étaient intégrés aux mêmes ensembles géopolitiques : Conseil de l’Europe (1949), CECA (1952) et OTAN, l’adhésion de la RFA en 1955 scellant la première alliance militaire transrhénane en plus d’un siècle. L’acte de naissance de la construction européenne est indéniablement la Déclaration de Robert Schuman, le 9 mai 1950 :

« (…) L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait. Le rassemblement des nations européennes exige que l’opposition séculaire de la France et de l’Allemagne soit éliminée : l’action entreprise doit toucher au premier chef la France et l’Allemagne. (…) »

Déjà, le programme est tracé : le rapprochement franco-allemand doit être un préalable à l’unité européenne. On y reviendra.

Mais au-delà du politique, il y a la dimension concrète du rapprochement, par le biais des jumelages : le premier fut conclu entre Montbéliard et Ludwigsburg (dès 1950) ; on en recensait déjà 133 en 1963, pour 2300 aujourd’hui. On voit que le Traité n’a pas initié le mouvement, même s’il lui a donné un net coup d’accélérateur. Plus encore, la découverte personnelle de l’autre pays a permis de poser les jalons d’une véritable réconciliation : courage des jeunes Allemands francophiles des années 50 qui, étudiants ou simples touristes, s’aventuraient dans une France souvent hostile, marquée par les années de guerre ; non-conformisme et ouverture d’esprit pour certains jeunes militaires français en Allemagne qui firent l’effort de mieux connaître un pays stigmatisé.

Rappelons aussi que ce rapprochement n’a pas été sans heurts : en France, on lui reprochait de brader l’indépendance nationale, d’où l’opposition des gaullistes (ce qui rend d’autant plus remarquable l’attitude de De Gaulle lui-même) et des communistes (une partie de la gauche est restée eurosceptique, depuis le rejet initial d’une CEE jugée trop proaméricaine jusqu’à l’hostilité actuelle à l’Union européenne). En Allemagne, c’est plutôt la relation transatlantique qui posait problème, d’où le préambule adopté par le Bundestag , insérant le rapprochement franco-allemand dans un contexte européen et atlantiste.

 

Par-delà les rappels historiques, l’essentiel reste l’avenir, que la solidité de l’amitié franco-allemande permet de regarder avec sérénité et lucidité. Il est temps aujourd’hui d’aborder les problèmes concrets sans les passer sous silence : il reste, notamment au quotidien, de multiples sources de frictions ou de frustrations, on n’en citera ici que quelques-unes :

  • Le droit du mariage : en l’absence d’une législation explicite, les conflits sont nombreux en cas de divorce, notamment en matière de droit de garde. À ce sujet, on ne peut que saluer le remarquable travail effectué par Pierre-Yves Le Borgn’, qui devrait prochainement se traduire par une loi.
  • Miteinander statt aneinander vorbei : si la réussite du couple franco-allemand suppose la maîtrise de la langue du partenaire, on est plutôt proche du divorce que de la lune de miel… Selon les chiffres les plus optimistes, à peine 20% des Français et des Allemands parlent la langue du voisin. Force est de constater l’échec des beaux discours répétés en boucle depuis 1963. Est-il si difficile d’apprendre une autre langue ? Des millions d’Africains ou d’Asiatiques pratiquent quotidiennement une, voire deux ou trois langues en plus de leur langue maternelle ! L’unilinguisme d’une grande partie des Européens résulte d’une idéologie dépassée, celle de l’État-nation du XIXe siècle. Mais soyons réalistes : si l’on attend que les Français parlent allemand et les Allemands français pour approfondir la relation franco-allemande, celle-ci risque de s’empoussiérer chaque jour davantage. Alors, oui, encourageons l’enseignement de la langue du partenaire (qui est mieux placé que Jean-Marc Ayrault pour promouvoir cette belle ambition ?), mais il faut aussi admettre que l’anglais est une lingua franca incontournable : que Français et Allemands se parlent en allemand, en français, en anglais, en sorabe ou en breton, l’important est d’abord qu’ils se comprennent !
  • Dernier point, crucial pour l’avenir du « moteur » franco-allemand en Europe : dépassons le nombrilisme du Franco-allemand, qui doit être un moyen, pas une fin en soi (combien de rencontres franco-allemandes ne parlent que du passé ou en restent au méta-niveau de l’état de la recherche sur les relations franco-allemandes ?), et inscrivons-le dans un projet européen. Revenons aux sources, relisons la Déclaration Schuman, appliquons enfin son programme !

 

On souligne souvent, avec raison, l’exemplarité de la réconciliation franco-allemande : les ennemis « héréditaires » d’hier sont désormais des amis « contagieux », comme aurait pu dire Pierre Desproges. Souhaitons pour nos deux pays qu’à l’avenir, cette contagion s’étende au reste de l’Europe et que la réconciliation s’accompagne d’une exigence de vérité qui permette d’échapper aux vœux pieux et à l’autosatisfaction.

Emmanuel Faure

 

Bonus

Pour terminer sur une note d’espoir, une vidéo garantie non franco-allemande qui tourne depuis quelques mois sur la Toile et qui permet de revenir en beauté à Beethoven et à l’Europe : www.youtube.com/watch_popup?v=GBaHPND2QJg&feature=youtu.be

 

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