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Crise Grèque (1/3)

L’antagonisme entre les points de vues Français et Allemands au sujet de la crise Grecque est flagrant. Si les Allemands, même à gauche, soutiennent la position intransigeante de leur gouvernement, cette position est elle taxée en France jusqu’à droite d’antieuropéenne. Pour les uns, le meilleur élève fait preuve d’un egoïsme irresponsable, tandis que les autres s’exaspèrent de devoir toujours payer pour les cigales. Au delà des affirmations aux calculs démagogiques dérangeant (vote en NRW), qu’en est-il exactement de cette crise?

Ce qui suit est une analyse sommaire du problème de crise de solvabilité en relation avec une monnaie unique. Deux autres articles suivront sur ce qu’il en est concrètement de l’attitude de l’Allemagne vis à vis de la situation particulière de la Grèce, voir peut-être du Portugal et de l’Espagne (2/3) en enfin les conclusions que l’on pourrait en tirer pour la gouvernance de l’Europe (3/3).

La monnaie unique est loin d’être une construction allant de soit en raison de l’inhomogénéité tant fiscale, que politique ou culturel de la zone Euro. La crise que traverse la Grèce l’illustre très bien. Afin de parer à un problème de solvabilité, un état dispose généralement des solutions suivantes:

Si vous avez la souveraineté de votre monnaie.

– Déprécier sa monnaie. Avantage: Augmentation de la compétitivité car les exportations sont favorisées par rapport aux importations impliquant normalement de la croissance et de la création d’emploi (le biais est généralement favorable à la demande intérieure de services particulièrement gourmand en main d’oeuvre). Le tout implique alors plus de rentrées fiscales. Inconvénient: Le poids de la dette en devises étrangères augmente (l’espoir étant que celle-ci augmente moins que les rentrées fiscales dues à la croissance). Les investisseurs étrangers perdent la confiance dans une monnaie peu sérieuse qui en se dépréciant leur fait perdre de l’argent. Cela masque aussi les problèmes structurels qui doivent être réglés. Enfin, le pouvoir d’achat de la population baisse (d’autant plus s’il est très importateur).
– Inflation. Avantage: payement en billet que vous imprimez vous même (monnaie de singe)… Inconvénient: l’inflation, détruit l’épargne de la classe moyenne, augmente les inégalités sociales, et baisse le pouvoir d’achat. S’il y a du chomage et pas de croissance pour accompagner cela c’est le cauchemar de la stagflation. De plus cela ne fait de sens que si la maturité des dettes est lointaine (faire de l’inflation sur plusieurs années) comme pour l’UK (12 années en moyenne, en comparaison la France et la Grèce, 4 années).

Si vous n’êtes pas maître de votre monnaie:

– Ne pas rembourser ses créanciers. (Russie en 1917, Argentine en 2002 par exemple). Cette solution peut-être declinée dans sa version soft en ne remboursant qu’une partie des créances (reechelonement de la dette). Avantage: on ne paye pas ou pas tout. Inconvénient: Perte quasi totale de crédibilité en tant que débiteur, empêchant la prise de tout nouveaux crédits pour financer l’état, avec des conséquences économiques très importantes. (Je rapelle que les plus gros creanciers de la grèce sont les banques francaises. Une telle option dans le cas de la Grèce aurait probablement des effets systemiques qu’il ne faut pas sous estimer, voir Lehmann Brothers.) Une telle option est favorisée aux USA où la Californie risque de se retrouver dans la même situation que la Grèce avec une note S&P de A- (comme le Portugal depuis aujourd’hui).
– Une main d’oeuvre mobile. C’est le cas des USA où celle-ci se déplace sans problèmes des zones de crise aux zones de croissance (en gros les chômeurs espagnols se rendraient en Finlande pour travailler). Ça ne fonctionne quasiment pas en Europe pour des raisons sociologiques (L’européen est globalement très enraciné) mais surtout pour des problèmes linguistiques évidents.
– Sortir de la zone pour appliquer une des solutions ci-dessus. Le coût structurel est gigantesque car rebattre une monnaie, et reporter toute une économie d’une monnaie à une autre est titanesque. Cela favorise de plus une volatilité (traduisant une incertitude) tant pour la monnaie quittée que pour la nouvelle monnaie et leurs économies.
– Reformer en réglant les problèmes fondamentaux de son économie. Économies budgétaires, reforme du marché du travail (Grèce, Portugal, France, Italie), du système des retraites (Grece, Italie), défavoriser l’endettement privé (Espagne, Angleterre), réduire les dépenses publiques (Grece, Italie, France). Avantage: c’est la solution qu’il faut de toutes manières adopter à long terme zone Euro ou pas (les pays du nord et l’Allemagne l’ont comprit avant que la maison ne brûle) pour gagner la confiance de potentiels créditeurs. Désavantage: A court terme cela peut tuer la croissance car l’etat reduit ce qu’il donne. C’est un processus très lent (La Belgique dans les même conditions au debut des années 90 a mis quasiment 20 années a passer de 134% de dette à 84% en 2008). Il faut surtout du courage politique pour adopter des reformes impopulaires. Soit les politiques sont sérieux et le font de manière conséquente (Allemagne avec Schroeder) ou mieux encore, le font de manière conséquente et intelligente en convaincant les citoyens (Danemark avec Poul Nyrup Rasmussen), ou bien ils s’assoient de manière irresponsable sur les problèmes (la France de manière constante à gauche comme à droite, ou bien la Grèce).

Il est donc clair que la monnaie unique implique un certain nombre de contraintes quand aux stratégies possibles pour avoir accès a un financement de crédit honorable: En premier lieu une convergence des politiques économiques, financières et budgétaires, bref une integration économique toujours plus grande où une convergence forcée. Ceci évite les disparités en termes de crédits. Cela ne suffit pas: En second lieu une politique budgétaire serieuse et honnête et une économie efficace afin que ces taux de crédits à présent convergeants le soient à un niveau bas. La réaction de l’Allemagne dans le cas présent est en ce sens compréhensible en rappelant que ces fondamentaux pour un taux d’intérêt bas: des finances saines et une économie efficace ce qui n’est pas sans sacrifices.

Samuel Drapeau

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