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Tremblement de terre dans le sud!

Malgré un temps très ensoleillé, le calme d’hier couvait une révolution dans le coin sud de l’Allemagne. Un simple coup d’oeil sur les manchettes de journaux pour s’en apercevoir: Fin de l’absolutisme bavarois pour le spiegel, une aura définitivement perdue pour le suedeutsche, destruction d’un mythe pour le FAZ, chute dans le présent pour le tagesspiegel, ou bien la Bavière prend des couleurs pour le taz. Pour la première fois depuis 1966, le dernier  »Volkspartei » d’Allemagne, l’hégémonique CSU a perdu la majorité absolue aux élections parlementaires.

L’Allemagne entière attendait avec impatience de savoir si le parti pourrait tenir sa marque magique: le fameux 50+X. Les instituts de sondages prévoyaient entre 47 et 49%. Il n’en fut rien. Avec 43% des suffrages la CSU perd plus que sa majorité absolue et sa majorité parlementaire, elle perd un statut et ce définitivement. L’évolution démographique, l’énorme immigration d’autres régions d’Allemagne en raison de son succès économique, l’urbanisation de plus en plus importante de sa population ont changé lentement le visage d’une Bavière sociale-conservatrice, catholique, campagnarde.

Même si la CSU a radicalement accompagné la modernisation de la Bavière depuis plus de 40 années, le grand écart avec ses racines conservatrices que Stoiber pouvait encore réaliser (la fameuse génération portable culotte de cuir) semble à présent irréalisable. Le parti est sur la voie de la normalisation. Novum qui risque de bouleverser leur manière de faire de la politique et ce pour le plus grand bien de la Bavière: Il existe une majorité en dehors de la CSU!

Ce tremblement de terre n’est pour autant pas une manne pour la gauche. Les résultats sont plus que décevant. Le SPD tombe à 18.7%. Plus mauvais score de son histoire d’après guerre, près d’1 point de pourcentage en dessous de la raclée historique prise en 2003. Les verts eux se maintiennent en améliorant légèrement leur score à 9.4% de 1.7 points confirmant leur statut de parti bourgeois-urbain alternatif. L’extrême gauche ne rentre pas au parlement atteignant à peine 4,7% des voies (5% sont nécessaires) . Leur score est finalement en dessous de leurs attentes au vue de la caisse de résonance offerte par la CSU en les diabolisant et de la dynamique nationale actuelle pour ce parti (la Hesse, Hambourg et bientôt la Saare). La débâcle magistrale, historique de la CSU s’est traduite en fait par le boom du parti neo-liberal FDP passant de 3% a 8%, et des  »freie Wähler » qui eux passent de 4% à 10.2%.

Si cette fantastique défaite de la CSU fait beaucoup parler d’elle, le score du SPD est deçoit (article du sueddeutsche sans concessions à ce sujet) et fait reflechir. En effet, malgré une bonne campagne, une grosse mobilisation des militants, un bon candidat et la CSU ne cessant de se tirer des balles dans les pieds le parti stagne totalement et bien en dessous des scores qu’il réalisait encore au 20eme siecle. Cette situation du SPD en Bavière pose pour le parti socialiste au niveau national tout autant de questions pour la campagne de 2009 que ne peut en poser la défaite de la CSU pour les conservateurs.

De l’autre côté des collines bavaroises, c’est là pure consternation: Une extrême droite nauséeuse arrive en cumulant leur deux partis à près de 30% talonnant les résultats des socialistes à 0.7% faisant près de 4 points de plus que les conservateurs en autriche. C’est un problème inquiétant et ce au niveau européen. Les populations, face aux insécurités, répondent toujours plus aux sirènes populistes des extrêmes, gauche comme droite. Tout comme au début du 20eme siècle avant la vague d’horreur qui submergea l’Europe avec le fascisme et le communisme, la foi en la démocratie devient de plus en plus mise en doute. L’obscurantisme et le populisme (voir la manifestation ¨pro-Koeln¨) font leur retour en force dans ce berceau des lumières qu’est l’Europe.

Un petit baume au coeur vient cependant des élections municipales en Brandenbourg. Le SPD améliore son score à 28%. L’extrême gauche progresse cependant elle aussi à 27% et les conservateurs tombent de près de 10 points à 18%. L’extrême droite, gros problème globalement en Allemagne de l’Est reste sous la barre de 3% ce qui est réjouissant. On peut ici souligner le bon score du SPD dû au très bon travail du parti sous la direction de Matthias Platzek. Il montre qu’il existe une place pour une politique sociale démocrate dans une région au profil économique particulièrement difficile sujette elle aussi à tomber facilement dans le discours populaire des extrêmes (droite comme gauche).

S.D.

4 commentaires

  1. par L.F. - 29 septembre 2008 à 17 h 15 min

    Un grand merci pour ce tour d’horizon ! Je note tout de même dans cet article une ambivalence concernant l’extrême-gauche : tu juges « décevant » qu’elle ne rentre pas au parlement de Bavière et « réjouissant » son bon score dans le Brandebourg, tout en t’inquiétant ailleurs (à juste titre, me semble-t-il) du populisme de droite… comme de gauche.

    Ce qui, pour moi, pose une nouvelle fois la question : où se situe la frontière à partir de laquelle l’extrême-gauche passe, pour la social-démocratie européenne, du statut d’allié à celui d’adversaire ?

  2. par S.D. - 29 septembre 2008 à 17 h 23 min

    Je ne joue pas l’ambivalence. Je me rejoui seulement du score du SPD dans le Brandenbourg et remarque que l’extreme gauche n’evolue elle que tres peu contrairement a la dynamique nationale.

    Je ne juge pas decevant non plus l’echec de la gauche en baviere. Probablement une phrase mal tournee, je corrige.

    Il est vrai que la question de la frontiere de l’acceptabilite se pose de la meme maniere pour l’extreme gauche quelque soit le pays d’Europe comme pour l’extreme droite (voir l’Autriche, la Belgique)

  3. par Rmatt - 1 octobre 2008 à 12 h 07 min

    Petit ajout « technique » :
    Ayant discuté ce matin avec le rédacteur en chef de l’édition locale du Märkische Allgemeine de Brandenburg, il m’a un peu expliqué à quoi correspondent ces Kommunalwahlen.
    Seul les conseils municipaux des villes du Brandebourg ont été renouvelés. Les maires élus depuis trois ans restent en place pour 3 ans.
    Leur politique est ainsi évaluée à mi-mandat et permet aux électeurs de renouveler leur confiance à l’équipe en place ou de forcer la constitution d’une nouvelle alliance ou majorité de compromis.
    A Brandenbourg/Havel, die Linke a réalisé une forte progression. Il faut dire qu’ils avaient mis les moyens, organisant un meeting avec Gregor Gysi, musique et bière…
    La maire CDU va devoir s’allier une partie des élus du SPD, pourtant réticents à travailler avec elle. On s’achemine vers trois ans de politique locale gestionnaire.

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