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Des nouvelles de Suisse

Quelques commentaires concernant la campagne électorale suisse vue d´un Berlinois malheureusement exilé.

Beaucoup d´entre vous ont certainement entendu (une fois n´est pas coutume) les échos de la campagne suisse. L´affiche résolument xénophobe des moutons du parti UDC/SVP de Christian Blocher et Uli Maurer ont fait le tour du monde¹ renvoyant une image de la suisse à laquelle personne n´était accoutumé.

Malgré de nombreuses recherches², le système électoral suisse m´est toujours obscur. Cependant au vu des résultats et de la campagne que j´ai suivi avec attention il y a plusieurs remarques à faire qui pour le parti socialiste pourraient être utiles. Ces résultats du 21 Octobre ne laissent aucun doutes. Le SVP confirme et augmente même son avance pour atteindre un niveau qu´aucun parti n´avait atteint depuis la première guerre mondiale. Les verts (les standards et les libéraux) ont confirmé une percée que l´on attendait. Unique aussi depuis la première guerre mondiale, la débâcle du parti socialiste. Tombé à un niveau historique, le premier parti de gauche est laminé par les élections. Les communistes tombent eux peu à peu dans une totale insignifiance.

Le SP se trouve maintenant dans une crise. Les querelles de chapelles font rage et les analyses vont bon train sur la direction à emprunter. La sociale démocratie, ou bien la gauche pure et dure? Scénario connu n´est-ce pas?

Malgré toutes les différences entre la Suisse et la France, des raisons claires quant aux problèmes des gauches en Europe m´ont frappées. la suisse va bien, l´économie tourne a plein régime, les gens sont polis, l´administration est un rève d´efficacité, les finances sont au mieux, le taux de criminalité est une blague et l´intégration des immigrés, malgré cette campagne, est bien faite (20% à comparer aux 9% allemands). Il y aurait beaucoup à s´inspirer de ce pays plutôt que de rester psycho rigide sur les paradis fiscaux. Pourquoi alors le PS se porte aussi mal, surtout lorsqu´un adversaire aussi polarisant se trouve de l´autre côté? (on a déjà entendue la question ailleurs)

A mon sens la raison tient pour une bonne part à la peur de la globalisation qui souffle sur l´Europe. Cette peur est ressentie par une partie de la population qui pourrait en fait être identifiée peu ou prou avec l´électorat ouvrier et la petite classe moyenne d´antan, assise historique des partis de gauches. Pourquoi est-ce que cet électorat se réfugie-t-il maintenant à droite-droite? Pour comprendre cela, la peur de la globalisation peut-être rangée en deux catégories. La première sur le plan social, la seconde sur le plan identitaire.

  • Peur Sociale: Sur ce point, ce sont évidemment les délocalisations, le dumping social, la concurrence des pays qui (heureusement) rattrapent leur retard en profitant de leur coûts de main d´œuvre. Mais c´est aussi la nature de la croissance moderne caractérisée par une complexité toujours plus importante nécessitant une mise à jours des connaissances toujours plus vertigineuse, capacité inaccessible pour certains pans de la société. C´est enfin une flexibilité accrue, tant sur le plan géographique que sur la nature des nombreux métiers que nous seront appelés à exercer. La monocarrière dans la monoentreprise en rentrant tout les soirs dans la monomaison est une devenue une fiction. Sur ce point le PS a des atouts à jouer. Non pas faire bloc contre, mais utiliser la globalisation (le dynamisme et la croissance des autres pays, le haut capital de savoir ici). L´éducation, la recherche, l´accompagnement actif lors des changement des carrière, la politique familiale permettant aux deux partenaires de pouvoir travailler sans sacrifier leur famille, l´aide aux PME-PMI a forte valeur ajoutée etc… Autre point, profiter de la croissance supérieure et du boom démographique des autres pays pour financer une partie des surplus de retraites de notre population vieillissante (complémentaire de retraites à l´aide de fonds)
  • Peur Identitaire: Ici c´est un autre problème qui est mis en cause et qui a été occulté dangereusement par la gauche durant ces dernières années. Cette peur identitaire est bien présente et constitue le moteur principal des mouvements de droite et extreme droite. Je cite rapidement 4 points essentiels de cette peur provoquée par la globalisation.
    • Nation: A l´heure d´une Europe indéfinie et d´un monde aux frontières de plus en plus floue, la nation est un maillon essentiel pour beaucoup. Un dénominateur que les socialistes sous prétexte d´internationale ont trop voulu oublier. La nation est de fait (à tort ou à raison) un élément fédérateur pour ces délaissés de la globalisation (voir les coupes du monde de foot, de rugby etc…). Il s´agit pour les socialistes premièrement de reconnaitre la nation comme maillon essentiel entre le citoyen et l´Europe puis le monde et de trouver les réponses juste pour l´intégrer dans son discours sans tomber dans le nationalisme.
    • Sécurité: Les socialistes se sont souvent brulés les ailes sur ce sujet. Il est pourtant capital de pouvoir y répondre sans tabous, sans angélisme, ni sans pour autant rentrer dans une logique sécuritaire droitière. La sécurité est non seulement la délinquance, mais aussi la présence du terrorisme. Les réponses sont longues et compliquées mais il est important de nommer ce problème et d´y faire face.
    • immigration: Ici encore un problème délicat pour la gauche. Il s´agit de séparer la politique d´immigration de celle de l´intégration. L´intégration n´est a mon sens pas le communautarisme à l´anglaise. S´intégrer cela signifie respecter sans restrictions l´ensemble des règles qui font notre république, mais aussi pouvoir parler sa langue. Des moyens importants doivent être mis en place à cet effet (cours complémentaires dans les écoles, cours du soir). Comment faire pour que l´apprentissage de la langue devienne une nécessité et une chance sans pour autant être une répressivement imposée? L´immigration est une question que je laisse blanche pour le moment.
    • Religion: La globalisation a aussi pour conséquence une islamisation en France comme dans beaucoup de pays d´Europe. L´image véhiculée par les médias de l´islam fait peur et ce à juste titre pour ses extrémistes. Le respect des religions est une base fondamentale de la république, son caractère laïque l´est encore plus. La droite joue les peurs contre l´islam a partir de prétendue valeurs chretiennes, le socialisme se doit d´être un défenseur farouche du laïque. Celui-ci sera dans les prochaines décennies fortement mis à mal dans les quatre coins de l´Europe (non seulement a propos de l´islam mais aussi du catholicisme, voir la Pologne). Aux socialistes de devenir les défenseurs sans relâche et sans concessions de la république laïque. L´interdiction de port de signes religieux ostentatoire dans les écoles comme dans les organismes d´état fut un pas dans la bonne direction .

Ces questions des peurs identitaires doivent devenir un axe important de la réflexion pour les socialistes dans les années à venir car ils seront les clefs de la réussite à long terme du projet socialiste en France comme en Europe.

Samuel Drapeau

¹) Voir ici pour la propagande SVP ou bien dans le independant ou enfin dans le NY Times. Ne pas manquer le passage dans le Spiegel sur le jeu internet. Une nouvelle méthode très efficace de propagande est née.
²) Faire un tour sur le Wikipedia ici

4 commentaires

  1. par Rmatt - 23 octobre 2007 à 16 h 32 min

    Salut Samuel. Heureux d’avoir de tes nouvelles ! Apparemment tout va bien.

    Merci pour cette analyse de l’exploitation des peurs et tes propositions sur la facon dont le PS pourrait y répondre.

    Je corrigerai le dernier paragraphe en mentionnant que l’interdiction des signes religieux ostentatoires (dont le voile fait partie) fut un pas dans la bonne direction.
    Parce que justement la focalisation sur le voile fut un raccourci des médias effectué à partir de ces « prétendues valeurs chrétiennes »

    A bientôt, Matthieu

  2. par S.D. - 23 octobre 2007 à 16 h 42 min

    Tu as raison. J´ai corrigé en remplaçant par signe religieux ostentatoires, car la loi ne cherchait en aucun cas à focaliser sur le port du voile.

  3. par L.F. - 23 octobre 2007 à 18 h 15 min

    Un point de vue très éclairant! Il me semble cependant que les gauches européennes ont pour une part identifié ces peurs. Elles échouent dans la facon d’y répondre, faute de résoudre la contradiction d’électeurs qui voudraient à la fois être protégés (car tout va mal) et croire en l’avenir (car « ensemble, tout devient possible »).

    Le cas polonais mériterait aussi quelques commentaires : le début d’un tour d’horizon de la situation politique en Europe ? Ce serait extrêmement intéressant, quitte à inviter d’autres sections socialistes de l’étranger à se joindre au débat.

  4. par Lucie - 28 octobre 2007 à 14 h 41 min

    Article vraiment intéressant et très instructif pour ceux qui ne comprennent pas bien comment un pays aussi prospère que la Suisse puisse se tourner vers un parti de « droite droite ». Pour en avoir longuement parlé avec des amis helvétiques, je crois qu’il ne faut pas sous-estimer le refus farouche, voire l’aversion de certains Suisses pour l’Union Européenne, qui les mettrait, selon eux, à la botte de l’Allemagne et la France.
    En tout cas, merci à l’auteur de cet article.

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