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Les Technocrates dans la Cité

Comment crier « à bas l’énarchie » ne nous mènera pas bien loin… (1)

La proposition récente de Mme Royal de donner à des jurys citoyens le rôle de surveiller les élus a ouvert à l’intérieur et à l’extérieur du parti un large débat qui, au delà des invectives (populiste ! élitiste !) mérite qu’on s’y attarde un instant.

Car depuis le 21 avril 2002, mais surtout depuis le 29 mai 2005, la France est réputée être le théatre d’un décrochage entre ses citoyens (je m’abstiens ici à dessein d’employer le mot peuple) et ses hommes politiques (je m’asbtiens ici à dessein d’utiliser le mot élites). Le Parti Socialiste, humilié au premier tour de la présidentielle en 2002 puis désavoué dans les urnes en 2005 semble être la première victime de ce décrochage, d’où l’idée que la « jonction » est la priorité. Avec des nuances notables, c’est le discours, sinon le programme, de nos trois candidats à la candidature; c’était une des lignes d’argumentations de notre premier fédéral lorsqu’il est venu nous rendre visite cet automne et qu’il nous a annoncé son soutien à Mme Royal.

Cependant, ce discours de « jonction » contient deux aspects, bien souvent confusément mélés et qui s’ils sont liés, n’en sont pas moins distincts:

1- comment organiser une démocratie qui fonctionne mieux, où la classe politique est à l’écoute des citoyens et où les citoyens font confiance à leurs homme politiques;

2- comment organiser la reconquête du pouvoir à gauche, comment conquérir un électorat qui aujourd’hui s’est détourné du PS pour aller soit vers l’extrême gauche soit même parfois vers le FN.

Le premier problème est une question institutionnelle, le deuxième une question de stratégie politique. Ignorer les liens qui existent entre ces deux problèmes serait naïf; toutefois, mélanger les deux pourrait nous mener à n’atteindre aucun des deux objectifs.

1- Les technocrates dans la cité: restaurer la confiance

Le débat autour des « citoyens experts » et des « jurys populaires » reflète bien les insatisfactions de la population française quant au fonctionnement de la démocratie représentative en France. Ce phénomène est inquiétant tant nous savons que la démocratie représentative est le seul mode de gouvernement démocratique qui fonctionne véritablement dans la durée à l’échelle d’un pays de 60M d’habitants: derrière la démocratie représentative, il n’y a pas plus de « plan B » que derrière le TCE; ce qui, comme pour le cas du TCE, ne veut pas dire qu’on ne peut pas — sensiblement d’ailleurs à mon sens — améliorer le fonctionnement de notre démocratie.

Pour clarifier les enjeux, il convient de différencier les objectifs des moyens de l’action politique:

Les objectifs sont purement politiques (par exemple: réduire les inégalités scolaires) et les élections permettent d’élire des individus qui portent ces objectifs ; si ces objectifs ne sont pas atteints à l’issue d’une mandature, le citoyen a le pouvoir de « désélire » son élu (dommage qu’il n’y ait pas en français un beau mot comme « abwählen »… on en ferait souvent usage). Point besoin donc de substituer à son vote souverain un intermédiaire, qui plus est tiré au sort…

En règle générale, deux types de raisons peuvent conduire au fait que les objectifs n’ont pas été atteints : soit (i) ils étaient trop ambitieux, voire complètement fantaisistes ou mensongers (incompétence, démagogie), soit (ii) les hommes politiques en charge de les atteindre (avec derrière eux les services administratifs de l’Etat, à leur service) n’ont pas su utiliser les « bon moyens » une fois au pouvoir (par exemple: améliorer la carte scolaire comme ci ou comme ça).

(ii) renvoie à la connaissance des bons moyens par les professionnels (les experts, les technocrates) en charge de la mise en œuvre des politiques publiques;

(i) renvoie à la connaissance par le grand public (les citoyens, la presse lorsqu’elle joue son rôle de relai etc.), au moins de manière vulgarisée, des moyens crédibles, des ordres de grandeur etc. pour ne pas se laisser vendre du « très beau pas cher » qui ne sera ensuite jamais livré par les hommes politiques.

Ce n’est pas prendre les citoyens de haut que de leur dire qu’ils ne sont pas des experts en tout: au contraire, c’est le début de la raison en démocratie: il faut rendre aux citoyens ce qui est aux citoyens (des choix politiques éclairés et donc souverains) et rendre aux technocrates ce qui est aux technocrates (la mise en oeuvre efficace de ces choix).

[Il n’y a qu’en France, soit dit en passant, qu’il est honteux de ne pas savoir. Il s’agit d’un cancer national que dans ce pays on n’ose pas dire aux gens qu’ils ne sont pas des professionnels du droit, de l’économie, de l’écologie, de la diplomatie etc. Notre clairvoyance collective et notre capacité à agir y perd beaucoup].

Les technocrates ont donc leur place dans la cité (à Paris, à Bruxelles aussi), mais celle-ci doit se limiter à la sphère des moyens et leur action doit être évaluée. Je reviendrai bientôt sur le sujet VITAL de l’évaluation de politiques publiques. Pour aller vite: elle doit à mon avis être indépendante et elle ne peut être le fait que d’autres technocrates. Ceux-ci doivent cependant rendre compte d’une part à l’opinion publique et d’autre part au parlement, dont les pouvoirs de contrôle doivent (i) être intégralement utilisés (ce qui veut dire qu’à cadre institutionnel constant il faut donner aux députés les moyens et les obligations pour ce contrôle Stichwort cumul des mandats) (ii) éventuellement étendus.

Pour regagner citoyens à la politique, il faut donc cesser de leur faire croire qu’ils sont en charge des moyens, et organiser/améliorer leur information pour qu’ils soient le plus éclairés possible.

La société française dépense des sommes pharaoniques dans l’enseignement secondaire en comparaison des autres pays de l’OCDE, notamment avec l’argument (auquel je souscris) qu’une démocratie ne fonctionne qu’avec des citoyens qui sont allés à l’école.

N’ayons donc pas peur d’être cohérents, et d’accepter qu’il y a encore beaucoup à faire pour que nous puissions choisir en connaissance de cause sur les questions complexes auxquelles nous avons aujourd’hui à répondre : j’en ai marre de devoir avoir un avis sur les OGM ou sur le nucléaire alors que JE N’Y CONNAIS RIEN, JE N’AI PAS LA MOINDRE IDEE PRECISE DES ENJEUX, DES RISQUES ETC.

S’en prendre aux experts et aux technocrates, c’est trouver un bouc émissaire facile à la difficulté à être un citoyen éclairé dans un monde complexe. Organiser l’évaluation indépendante des technocrates par leurs pairs et devant les élus, et promouvoir une meilleure communication entre les experts et les citoyens pour que nous soyons collectivement mieux à même de choisir démocratiquement notre avenir, voilà la gageure du XXIè siècle qui commence.

Jurys populaires et citoyens experts ne sont qu’un pas de plus dans le mensonge et finalement dans la technocratie qui prospère sur l’ignorance des citoyens qu’on refuse d’éclairer en prétendant qu’ils savent déjà tout.

Quant à l’ENA…, cher Samuel, la vraie question est à mon avis simplement: est-ce une bonne école pour les technocrates du XXIè siècle. Ma réponse est plutôt non… mais c’est un autre sujet.

— à suivre — j’en viendrai bientôt à la question qui nous passionne tous: le PS et le Peuple

FDL

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