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Le Parti Socialiste et le Peuple

Comment crier « à bas l’énarchie » ne nous mènera pas bien loin… (2)

Je reviens ici sur la deuxième question soulevée dans mon post précédent de réponse au vivifiant brûlot anti énarque de Samuel: comment organiser la reconquête du pouvoir à gauche, comment conquérir un électorat qui aujourd’hui s’est détourné du PS pour aller soit vers l’extrême gauche soit même parfois vers le FN ?

Je rappelle la conclusion de la première partie pour les lecteurs pressés:

S’en prendre aux experts et aux technocrates, c’est trouver un bouc émissaire facile à la difficulté à être un citoyen éclairé dans un monde complexe. Organiser l’évaluation indépendante des technocrates par leurs pairs et devant les élus, et promouvoir une meilleure communication entre les experts et les citoyens pour que nous soyons collectivement mieux à même de choisir démocratiquement notre avenir, voilà la gageure du XXIè siècle qui commence.

… et puis tant qu’à faire aussi la conclusion de cette seconde partie:

Reconquérir la confiance des classes moyennes et populaires ne se fera durablement qu’en allant vers elles avec nos idées et l’envie d’en débattre pour convaincre. La conviction inspire le respect et finalement la confiance; l’opportunisme séduit un temps mais fini par inspirer le mépris et le dégoût.

2- Le Parti Socialiste et le Peuple: reconquérir la confiance

Du sujet citoyens-experts (traité en 1) au sujet peuple-élites (qui nous intéresse ici), il n’y a qu’un léger glissement à opérer, surtout en France où l’ascenseur social est bloqué à la cave et la reproduction des élites un art national.

Or la question du rapport entre les classes populaires (voir moyennes; j’abandonne ici le mot peuple qui sonne un peu trop tribal à mon goût) et les élites est particulièrement douloureuse pour le PS depuis 2002 et 2005. Nous serions devenus un parti d’élites, coupés des préoccupations de notre électorat naturel: les classes laborieuses et moyennes.

Deux types de diagnostics existent pour expliquer ce phénomène: (i) ceux qui reposent sur les objectifs (nous n’aurions pas eu des objectifs suffisamment à gauche) et (ii) ceux qui reposent sur les moyens (nous n’aurions pas été capables, une fois au pouvoir de « livrer » ce que nous avions « vendu » à nos électeurs durant la campagne).

Les tenants du diagnostic (i) appellent à mettre « la barre à gauche toute », les tenants du diagnostic (ii) appelent à restaurer la confiance dans la capacité d’agir de la gauche au pouvoir.

Dans une certaine mesure malheureusement (i) et (ii) ne sont pas complètement compatibles sinon les présidentielles seraient déjà gagnées: il suffirait d’avoir un programme maximalement gauchiste et maximalement crédible. Boire des paroles enivrantes de promesses illusoires ou conduire la France dans un XXIè siècle fait de justice sociale durable: il faut donc choisir.

Je rappelle au passage que si l’on fait de la politique (mais peut-être suis-je vieux jeu) c’est pour tenter de faire gagner ses idées et non pas pour gagner coûte que coûte en changeant le cas échéant ses idées: penser qu’on ne peut convaincre les citoyens et qu’il faut les séduire en adoptant leurs idées (ou pire: ce que l’on croit comprendre de ce que sont leurs idées à travers des sondages foireux), c’est à mon sens le stade ultime du mépris et du cynisme.

Etre élu par les classes populaires n’est donc pas un objectif en soi: il se trouve que les idées de progrès social et humain portées par le PS depuis un siècle ont toujours eu un écho important dans les classes moyennes et populaires et y trouvent même leurs origines. Si demain les classes populaires ne se retrouvent plus dans ces idées allons nous changer nos convictions ? Certains semblent le penser et acceptent même de s’aventurer dans des discours qui me glacent; je pense qu’il faut au contraire redoubler de force de conviction et travailler à convaincre : c’est là le vrai but de l’engagement politique, celui qui passe par l’acceptation du vrai débat contradictoire, qui est un élément important de notre culture de socialiste [je suis scandalisé par les règles débiles qui encadrent les débats entre nos candidats à l’investiture, je trouve qu’au lieu de nous gargariser de cette « leçon de démocratie », nous devrions protester contre cette mascarade: les débats entre John Kerry et George Bush en 2004 étaient plus spontanés !].

C’est donc la confiance dans le débat qu’il faut renouveler, elle passe par la conviction et par l’écoute, puis par l’action efficace et donc durable. La question de savoir si nos candidats sont repus ou non et si leur cravate est élégante ou pas est à mon avis, cher Samuel, complètement secondaire: Blum n’était pas un prolétaire, Thorez qui en était un se foutait bien de la condition des ouvriers français !

Finalement: que viennent faire les experts et les technocrates là dedans ? rien si ce n’est faire ce qu’on leur dit quant on aura décidé démocratiquement ce qu’on va leur dire de faire.

A 6 mois des élections présidentielles et législatives, face à Sarkozy qui est un pro de la communication et de l’intox, de quoi, de qui avons nous besoin pour mener campagne ? Tu as raison Samuel, nous n’avons pas besoin d’un « expert », mais nos trois candidats, comme tu le soulignes toi même en insistant sur leur formation, ne sont pas des experts mais de généralistes.

A 6 mois des élections présidentielles et législatives, il nous faut un candidat qui soit COMPETENT, COMPETENT POUR CONVAINCRE ET DEBATTRE, car c’est là la tâche des représentants politiques, compétent pour que la campagne soit le grand moment de débat démocratique que nous attendons tous, et pour que nous sortions collectivement plus unis, plus confiants et plus éclairés de ce débat où la confusion et le populisme guette à chaque instant car nous sommes 60 millions, mal en point et de plus en plus égoistes et inquiêts.

Pour ce faire, il faut un candidat qui sache ce à quoi il croit, et qui n’ait pas peur de vouloir convaincre les autres tout en restant à leur écoute.

Taxer une telle démarche d’élitisme, c’est ne pas être sorti de la caverne (de Platon bien sûr) et préparer au Parti et à la France des lendemains difficiles: l’autre option qui consiste, comme Sarkozy, à naviguer à vue à coup d’annonces éventuellement contradictoires et à menacer lorsqu’elles sont critiquées, nous mènerait dans le mur.

FDL

Un commentaire

  1. par Samuel - 7 novembre 2006 à 0 h 02 min

    Bonsoir Fabien,

    Je n’ai pas eu le temps de me pencher cette semaine sur la suite de cette discussion, mais je pense que tu n’as pas saisis qui visait exactement cet appel « A bas l’ENArchie ».

    Loin de moi de clouer au pilori les technocrates et les enarques. Leur présence est, comme tu le fais remarquer, tout à fait nécessaire en tant qu’ouvrier de l’état.

    Ce que je condamne c’est le système ENArchique décrit dans mon post qui correspond à l’occupation du pouvoir dans les principaux partis populaires par une caste bien définie et que ce pouvoir se transmet par cooptation, le suffrage ne permettant que de choisir dans un panel prédéfini de candidats issus de ce milieu. La raison invoquée sous-jacente à cet état de fait est une prétendue expertise ou bien compétence (je reviendrait sur ce sujet car il me semble bien malmené en ce moment) en matière de gestion des problèmes de la société.

    A ce niveau se situe le fondement du désamour des citoyens Francais vis à vis de ses élus essentiellement nationaux. Cette situation est complètement anormale. L’ENArchie (et non pas l’ENA ou les enarques) est un cancer de la démocratie poussant peu à peu les citoyens désabusés d’une telle représentation vers les extrêmes.

    L’ENArchie (et non pas l’ENA) est donc à renverser, et par là même permettrait de mener une réflexion au sein du parti socialiste pour voir comment la remplacer en tenant compte de la diversité de notre société.

    On aura l’occasion d’en discuter de pleine voie :-), à bientôt.

    Samuel

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