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A bas l'ENArchie

Il est intéressant de voir comment évolue le débat au sein du parti socialiste. On entend sans cesse l’importance des qualités d’expert pour prétendre à la fonction présidentielle. En ce sens, le PS retombe dans un des ses travers typiquement élitistes alors qu’il se réclame du social, de la France du milieu.
Cela amène à se poser deux questions fondamentales:

  1. Sont les qualités d’expert (une notion qui reste encore à définir) une condition nécessaire à l’exercice des plus hautes fonctions politiques d’état? Si non, est-elle d’ailleurs suffisante?
  2. Le parti socialiste ne se découple-t-il pas de son électorat en ne portant à sa tête que des produits formatés puis estampillés expert?

La France est le seul pays à produire par un cycle d’étude spécifique ses hauts fonctionnaires et donc en particulier ses futurs « hauts » politiciens (bien que la relation de cause à effet n’est en soit qu’une évolution historique logique et non le but premier de la formation). C’est une spécificité Francaise. La biographie des dirigeants du SPD des dix dernières années en témoigne:

  • 1995: Schröder, originellement issue de l’école du peuple avec une formation de vendeur (BEP commercial), deviendra juriste formé sur le tard par des cours du soir.
  • 2003: Müntefering, lui aussi de l’école du peuple puis formation de commercial industriel (BTS vente industrielle), carrière dans la métallurgie de nombreuse années avant de se consacrer au parti.
  • 2005: Platzeck, ingénieur environemental formé dans les universités de l’allemagne de l’est.
  • 2006: Beck, lui encore de l’école du peuple, de formation mécanicien électrique (CAP), obtint par cours du soir le Mittlere Reife (sorte de bac professionel).

Personne ne se pose en Allemagne la question de leur capacité à diriger un parti voir même un pays. Pas non plus de polémique sur le statut de femme physicienne de Merkel. De même de l’autre côté de l’atlantique, la politique n’est pas une affaire d’expertise économique ou internationale. Dans l’autre hémisphère, Lula da Silva est un autre exemple marquant. Cette nécessité est donc une conviction à ôter définitivement de la tête des Francais (Il semble d’ailleurs que ce soit déjà le cas, seulement pas encore chez les socialistes…).

La suffisance n’est pas non plus vérifiée. Quelques exemples volontairement non Francais démontrent que l’expertise n’est en aucun cas la garantie de la réussite en tant que personnalité politique. Lors de la campagne de 2005, Merkel s’est entourée d’une équipe choc d’experts dont la figure de proue était Krichhof, professeur, juriste renommé et expert en droit et finances. De cette equipe de choc, il n’en est resté qu’une campagne catastrophique et une défaite amère. Démonstration faite que des idées pourtant savamment étayées (même si hautement discutables) ne purent provoquer d’écho au sein de la population. Ludwig Erhard est lui un exemple d’expertise en exercice au pouvoir. De ce côté du Rhein, politicien expert incontesté en matière économique, architecte du Soziale Markwirtschaft d’Euken sur le plan politique (en tant que ministre de l’économie…), il termina sa carrière de manière misérable comme le chancelier le plus insignifiant de la RFA.

Il est donc en aucun cas suffisant et encore moins nécessaire de témoigner de qualités d’expert pour prétendre pouvoir représenter le peuple et ce même pour les plus hautes fonctions d’homme d’état.

La deuxième question posée est, elle, spécifique au parti socialiste. Il n’est pas infondé de croire que la disparition du parti socialiste en tant que grand parti du peuple depuis les années quatre vingts est en partie due à cette ENArchisation de sa direction. La brochette des trois candidats ainsi que les personnalités en course auparavant n’échappent pas à cette observation (même si Strauss-Kahn n’en est pas un rejeton, il fut un des membres enseignant de cette guilde et se confond dans cette masse mieux que quiconque). Qui ne fait pas partie de l’ENArchie? Lequel ne vient pas d’une bourgeoisie repue? Ce n’est pas un reproche, c’est une constatation. Cet oligopole ENArchique est malsain pour le parti socialiste.

C’est la raison pour laquelle le discours social du parti, si juste soit-il, porte si peu d’effet. Quelle force d’impact attend-t-on lorsque l’on entend « …il faut augmenter le smic à mille cinq cents euros … » (Avec un accent terriblement pathétique) « Pouvez vous vous imaginer ce que cela signifie de vivre avec seulement 1200 euros par mois? » Le tout exprimé la main sur une cravate tombant élégamment sur un ventre tendu n’ayant jamais vécue de telle pauvreté. La même chose lorsque l’on entend la réflexion sur les petites retraites. Le constat est tout à fait justifié, le pathos déplacé. Quand Beck parle ici en Allemagne de la pauvreté ou bien Muntefering de la situation des simples employés, il ne se servent pas sur le grand plateau de la compassion compassée, mais expliquent tout simplement les faits. Ils n’ont aucune démonstration à faire de leur crédibilité. Les seules paroles crédibles sortant de la bouche de nos candidats sont par exemple « on bouffe trop gras… Mangez du légume », « Je rencontrais l’autre jour le patron d’… et il me disait… »

Cette uniformisation du visage politique francais et en particulier du PS à la mode ENArchique est une évolution détestable (Il n’y a plus d’adéquation entre les politiques et l’électorat au point que certain regrettent que les Francais ne soient pas uniquement des bobos) et dangereuse (on peut faire les analyses que l’on veut du 21 avril 2001, on ne peut s’empecher de penser que la principale raison est que le PS avait déjà perdu son caractère de parti populaire).

Au delà de l’élection de 2007, une véritable réflexion doit-être menée au sein du parti profitant de cet afflux de militants pour une changement profond de sa structure tant sur le plan de la représentation des couches sociales, que celle des générations et des sexes. Si l’on veut moderniser et péréniser le socialisme au 21ème siècle, on ne peut se permettre d’avoir un parti avec une telle direction. La France a besoin indubitablement d’un grand parti socialiste et non pas d’un parti s’éloignant toujours plus d’elle, de ses attentes. Il va falloir amener d’autres personnes (plus jeunes – la france en a marre du monopole des cheveux blancs et calvities) à prendre la responsabilité au sein du parti. Des personnes qui par leur vision, leur parcours, leur bon sens ont la capacité de provoquer un large sentiment d’identification et une résonance profonde auprès des Francais. La caste dirigeante ENArchique actuelle va devoir laisser ses places assises pour ces nouvelles personnes.

Pour un socialisme démocratique au 21ème siècle, à bas l’ENArchie!

Samuel Drapeau

Un commentaire

  1. par FDL - 31 octobre 2006 à 12 h 29 min

    Cher Samuel,
    Je trouve ton pamphlet vivifiant et bienvenu pour ouvrir le débat tant il est vrai que la question du rôle des élites est au coeur du désamour démocratique que connait notre pays, et surtout la gauche modérée.
    Toutefois, je pense que l’ardeur avec laquelle tu t’en prends aux N-arcs manque le coeur du problème: comment faire fonctionner une démocratie représentative dans un monde complexe où les problèmes sont complexes et les solutions complexes. La proposition de Mme Royal (les jurys populaires rebaptisés comités citoyens) doit à mon sens s’interpréter comme une tentative de répondre à ce problème. Je pense pour ma part que loin des invectives et des suspicions, et en prenant comme tu le fais à juste titre exemple sur l’Allemagne, nous avons avant tout besoin d’un parlement qui joue son rôle, et auquel sont donnés les moyens institutionnels et matériels d’exercer un contrôle de qualité. Je reviendrai bientôt par un post sur ce que cela peut signifier précisément.
    Amitiés sociales et démocratiques,
    FDL

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