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Un grand Chelem mérité

A l’heure où l’ensemble du parti socialiste porte son attention à la campagne de désignation de la candidature présidentielle, ces quelques lignes se proposent de porter un regard sur un évènement de ces dernières semaines passé plus ou moins inaperçu: La remise des prix nobels. Les prix nobel de littérature et de la paix ne seront pas l’objet de la suite. Leur distribution répond à des critères indépendants de la politique gouvernementale.

« It is my express wish that in awarding the prizes no consideration whatever shall be given to the nationality of the candidates, so that the most worthy shall receive the prize, whether he be a Scandinavian or not. » – Alfred Nobel – (traduction libre) « C’est mon voeux le plus cher que la nationalité des candidats ne soit pas prise en considération pour la remise des prix de telle manière à ce que celui-ci aille au plus méritant, qu’il soit scandinave ou non. »

De quelle noblesse d’esprit fait preuve cet homme à l’aube d’un siècle marqué douloureusement par des nationalismes exacerbés en créant un prix récompensant le mérite scientifique dans trois matières (le prix nobel d’économie ne viendra que plus tard) ainsi que le mérite littéraire et humain pour les prix de littérature et de la paix et ce en dehors de toute considérations nationales.

C’est en ce sens que la société suédoise responsable de la distribution des prix se garde de publier toute statistique classée par pays d’origine des lauréats. C’est dans l’esprit de Nobel. Dans l’esprit…

On sent poindre l’aiguillon de la curiosité poussé par comment dire… aller oser le mot, un peu de chauvinisme (si peu, si peu…). Bref combien de lauréats français en sciences? voire même européens? L’envie est humaine, le constat implacable: Cette année une domination cent pour cent etatsunienne dans le domaine des sciences.

Horreur, ces croisés du neo-libéralisme sauvage auraient acheté le comité d’attribution des prix (comme d’habitude par un de ces hedge-fonds)? Il est malheureusement dans ce cas permis de penser que les étatsuniens se soient comportés de manière loyale.

Un évènement stochastique particulièrement rare? Peine perdue. Cette théorie ne peut résister à la simple observation des résultats des 10 années précédentes.

Prix Nobel des 10 dernières années
Année Chimie Médecine Physique Économie
1997 USA, Danemark, Grande Bretagne USA USA, USA,France USA, USA
1998 USA, Grande Bretagne USA,USA,USA USA, USA, Allemagne Inde
1999 USA-Egypte (double nationalité) USA Pays Bas, Pays Bas Canada
2000 USA,
USA-Nouvelle Zélande(double nationalité), Japon
Suède, USA, USA Russie, USA, Allemagne USA, USA
2001 USA, USA, Japon USA, Grande Bretagne, Grande Bretagne USA, USA, Allemagne USA, USA, USA
2002 USA, Japon, Suisse Grande Bretagne, Grande Bretagne, USA USA, USA, Japon USA-Israel (double nationalité), USA
2003 USA, USA
USA, Grande Bretagne USA-Russie(double nationalité), Russie,
USA-Grande Bretagne (double nationalité)
USA, Grande Bretagne
2004 Israel, Israel, USA USA, USA
USA, USA, USA
Norvège, USA
2005 France, USA, USA Australie, Australie USA, USA, Allemagne USA-Israel(double nationalité), USA
2006 USA USA, USA
USA, USA
USA

Tableau réalisé à partir des informations publiée sur http://nobelprize.org. Pour plus d’informations se référer à cette page.

Si chance il y a eu, c’est bien que les USA n’aient pas raflé tous les prix scientifiques depuis 1997. Un simple regard sur le tableau précédent permet de constater qu’ils ont du partager chaque année dans une matière le prix avec un ressortissant d’un autre pays ou bien le laisser complètement. Force est de remarquer tout de même dans cette matrice, non pas une supériorité mais une suprématie incontestable d’un pays de 280 millions d’habitants, un vingtième de la population mondiale, soixante pour cent de la population européenne.

L’Europe est néanmoins présente grâce à la Grande Bretagne nominée neuf fois alors que la France et l’Allemagne sont nominées respectivement deux fois et quatre fois. Une petite recherche approfondie montre cependant qu’une grande partie des scientifiques primés non venus des USA l’ont été pour des travaux réalisés dans des laboratoires Etatsuniens (Standford, MIT, Harvard, Princeton…) ou bien Britannique (Oxford et Cambridge en particulier). C’est le cas par exemple du seul lauréat indien.

Si l’on compare le niveau de vie des pays développés, il n’y a aucune raisons pour expliquer un tel résultat. L’Europe et l’Asie devraient se partager au moins deux tiers du tableau. Bien entendue, la communauté scientifique se contrefiche plus ou moins des résultats par nation, mais pour les gouvernements c’est un signal grave. Une domination à 95 pour cents des médailles dans les dix derniers jeux olympiques aurait créé de grandes répercussions dans la politique du sport…

On ne peut chercher la faute dans un système éducatif de mauvaise qualité. Dans le peloton des pays développés, les États Unis ne brillent pas plus que les pays Européens, même si on peut remarquer une présence importante de pays particulièrement bien placés dans les études PISA (Suède, Norvège, Danemark, Pays Bas).

Chercher la raison du côté d’un phénomène de société qui favorise particulièrement la découverte scientifique n’est pas non plus convaincante. Le nombre de médailles Fields récompensant les mathématiciens est par exemple très en faveur de la France et plus diversifié au niveau de la répartition planétaire.

La raison principale est pourtant toute simple et n’est pas nouvelle: La recherche en Europe et tout particulièrement en France est gravement délaissée. Cela se lit à la part du PIB consacrée à la recherche qui oscille depuis dix années entre 2 et 2,23 pour cent, alors que les Etats Unis se réjouissent d’un apport de plus de trois pour cent dans un pays profitant d’une croissance supérieure. (Ce qui signifie que l’écart se creuse bien plus que la simple différence). Les mathématiques n’étant pas un domaine de recherche à couts importants, cela explique les bons réultats de l’Europe et de la Russie dans ce domaine.

Cette situation fut dramatiquement aggravée par la droite durant les trois dernières années faisant reculer la part de la recherche de 2,23 à moins de 2,18 pour cent par la simple baisse des investissements de l’état. C’est doublement catastrophique car une réduction des investissements en matière de recherche en période de ralentissement économique se traduit par deux baisses, celle du budget de l’état et celle du manque à investir des entreprises du à la réduction de croissance. La droite ne s’est jamais véritablement investie dans la question de la recherche préférant la délaisser en grande partie au secteur privé.

Cependant la gauche sous Jospin n’est pas épargné par ce constat. Elle ne suivit pas non plus une politique active de la recherche alors que la croissance permettait à l’époque de mettre en place les objectifs indispensables fixés ulterieurement à Lisbonne afin de ramener les investissements en recherche et développement au niveau des Etats Unis ou du Japon.

Si augmentation de la part du PIB il y a eu, c’est tout simplement que les entreprises en cette période de croissance ont investi plus rapidement que la croissance alors que l’état (sous la direction consécutive de deux de nos candidats à la présidentielle à cette époque en poste au ministère des finances…) s’est contenté de maintenir sa participation, ne faisant qu’accompagner la croissance, donc mathématiquement aucun effort supplémentaire pour la recherche.

Cette situation est grave et lors du précédent débat, chaque candidat ne s’est lassé de répéter que l’investissement dans la recherche et l’innovation était une condition sine qua non afin de retrouver une croissance solide. C’est évident. Tous les experts s’accordent sur cette question. Exemple récent, lorsque ceux-ci se penchent sur la question de la dette de Berlin (par exemple dans une étude publiée par la Hertie School particulièrement libérale), ils proposent tous d’économiser dans tous les secteurs excepté celui de l’université et de la recherche. Ce discours on l’entend à gauche (par contre jamais à droite) depuis plusieurs décennies. La réalité est en France pourtant tout autre. On peut oser ésperer (doit-on vraiment?) que la prise de concience est à présent réelle et que l’on verra de la part de l’état, lorsque la gauche sera au pouvoir, une politique volontariste de recherche et developpement.

Il va de soit qu’une réforme de la recherche est indispensable. Il ne suffit pas d’injecter de l’argent publique dans un système de recherche publique, que l’on sait inadaptée à la situation actuelle. Une indispensable réforme des statuts (changer le principe de fonctionnariat en celui de CDI entre autre), couplée à une plus grande indépendance des laboratoires (pas une politique de recherche à la Sovietique dirigé par des plans. Le plan, un mot qui n’a survécut que dans le paysage politique Francais même chez certains candidats socialistes…) serait déjà un premier pas. La question des universités, grandes écoles et laboratoires de recherche doit être repensée. Une recherche universitaire autour d’université de qualités, ou bien une recherche découplée des campus entièrement concentrée sur ses objectifs? Enfin la question de l’investissement privé est assurément primordiale. Autant l’investissement de l’état est le garant d’une recherche fondamentale forte assurant les progrès d’après demain découplée des visions à court et moyen terme du secteur privé, autant l’investissement des entreprises dans la recherche appliquée doit être favorisée afin de transformer les découvertes en produits à vendre et exporter. Ici, joue l’efficacité et l’obligation de résultat du secteur privé un rôle important pour le développement d’une recherche appliquée rentable. C’est aussi à cet endroit que se réalise la transformation des investissements en recherche de l’état en croissance basée sur le savoir.

C’est maintenant, alors que l’on perd tendanciellement du terrain sur les USA en matière de croissance, qu’il faut se contraindre à investir dans la recherche, le développement et l’éducation, quitte à serrer douloureusement d’autres budgets (retraites, subventions d’industrie en déclin…). Le Japon malgré une crise économique majeure durant les années quatre vingts dix ne s’est jamais permis de sacrifier sa recherche et y a toujours investi de manière massive (le secteur privé comme publique). Le résultat est qu’après plus d’une décénie très difficile, la croissance est de retour basée sur un économie du savoir et de la haute technologie.

Ne perdons pas de vue cet objectif. Que nos promesse ne restent pas en l’état.

Samuel Drapeau

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