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Le Grand Oral

Tout avait été prévu dans les plus menus détails pour ce « grand oral » à Lens des candidats à la candidature socialiste, devant plus de 2000 militants. Ces derniers ont apprécié. Interrogés par LCI.fr, ils ont jugé positif et utile ce grand débat de 3 heures et demie entre les principaux leaders de la gauche. D’autant que beaucoup affirment ne pas avoir encore pris leur décision, contrairement à ce que laissent croire les sondages. Avant que la réunion de Lens débute samedi matin, un tirage au sort a donné l’ordre de passage des six prétendants à l’investiture PS pour la présidentielle de 2007. Seule à sortir de ce protocole strict : Ségolène Royal. Obligée de s’éclipser aussitôt la fin de sa prestation afin de se rendre au congrès du Parti socialiste espagnol, la candidate socialiste préférée dans les sondages est passée la première. Tous avaient droit à 25 minutes, pas une de plus : 10 minutes introductives et 15 minutes pour répondre à trois questions de militants, préalablement écrites et choisies par une petite commission.

  • Ségolène Royal

Poing souvent levé, martelant ses propositions, Ségolène Royal a tenu un discours très à gauche, ferme, ne mâchant pas ses mots… finalement très apprécié par les militants plutôt pro-Fabius, qui l’on trouvée tonique et percutante. Une manière de répondre aux critiques internes au PS, qui lui reprochent de ne pas être assez à gauche. Se félicitant de ce débat « original », elle a jugé important de débattre ainsi en interne. Au menu, elle a dit vouloir « partir à la reconquête de l’égalité scolaire ». Ainsi, elle a de nouveau défendu un assouplissement de la carte scolaire qui, à ses yeux, « cristallise les inégalités » et pénalise les familles les plus modestes, alors qu' »un élève sur cinq est inscrit dans l’école privée ». Elle voudrait aussi que l’école publique donne « aux élèves qui en ont besoin le soutien scolaire individuel gratuit dans l’école ». Concernant les OGM, elle s’est dite « favorable à une mesure de grâce pour les faucheurs », et au-delà pour une « transcription en droit français du principe de précaution qui nous autorisera à interdire les OGM ». Les subventions données aux entreprises devront en outre être « conditionnées à l’interdiction de délocaliser lorsque les entreprises font des profits » et à « l’interdiction de licencier ».

  • Lionel Jospin

A suivi, selon le tirage au sort Lionel Jospin, qui a dressé un portrait du candidat idéal « quel qu’il soit ». L’ancien Premier ministre est resté très général dans son discours, dressant par de grandes lignes la gauche qu’il veut pour 2007, soit « proposer une véritable politique de gauche », comme pour répondre à mots couverts à celle qui l’avait précédé. Un discours qui finalement à laisser l’impression aux militants que le candidat éconduit de 2002 voudrait seulement jouer un rôle dans la campagne, sans être candidat. Tirant une fois encore les leçons de l’élection de 2002 qui fut « escamotée », il a aussi émis des réserves quant à la capacité de la gauche à gagner l’élection présidentielle : « Ce n’est pas certain en raison du rapport de forces entre la droite et la gauche, qu’il faudra changer ». Seule position ferme et précise : sur les prélèvements ADN des mineurs, qu’il a fermement critiqués, refusant qu’on « transforme dès la nourrice les enfants en délinquant ».

  • Jack Lang

L’ancien ministre de la Culture a pris la suite. Ne parvenant pas à terminer le discours qu’il avait prévu, il n’a pu répondre qu’à une seule question de militant. Auparavant, il a fustigé Nicolas Sarkozy qui « est le candidat de l’insécurisation » : « nous ne voulons plus d’une France déshonorée par une xénophobie d’Etat, sarkoïsée, rabougrie, sclérosée, recroquevillée sur ses erreurs ».

  • Dominique Strauss-Kahn

Même ligne pour Dominique Strauss-Kahn qui a désigné le « seul objectif du PS aujourd’hui » : « battre Nicolas Sarkozy », dénonçant « la politique de renoncement ». Le député du Val-d’Oise a proposé d’ouvrir « un nouvel âge du socialisme ». Il a dit vouloir « attaquer les inégalités à la racine » alors que la gauche s’est concentrée jusqu’ici sur la réparation des dégâts provoqués par ces inégalités, appelant aussi de ses voeux « une décentralisation qui redémarre, avec des pouvoirs nouveaux aux régions », notamment en matière économique et d’enseignement supérieur. Et de lancer un appel au rassemblement des socialistes : « Débattre n’est pas combattre ».

  • Martine Aubry

Martine Aubry a dit vouloir « redonner à la France un rôle dans le monde » mais pas comme le fait Chirac « par des grands discours ». La maire de Lille a estimé qu' »il n’y a pas d’ordre sans justice », en allusion à la formule « l’ordre juste » chère à Ségolène Royal. « Les Français se retrouveront eux-mêmes s’ils s’ouvrent aux autres. N’ayons pas la tentation de faire plaisir sur l’immigration ou l’insécurité », a-t-elle averti. « Face à la violence, face aux inégalités, un seul mot : la just

  • Laurent Fabius

Enfin Laurent Fabius terminait la ronde. Seul à se déclarer dans son discours « candidat à l’investiture » (« Je m’y suis préparé » a-t-il affirmé), il a tenu un discours sur le même ton ferme que Ségolène Royal. Le député de Seine-Maritime, se posant en fils de François Mitterrand, a lui aussi désigné le seul ennemi, avec des mots encore plus durs que les précédents : Nicolas Sarkozy est d’autant plus « dangereux » qu’il a du « talent », le « futur caniche » de George Bush est « américaniste ». Martelant un « oui à la discussion, mais non à la dispute » au sein du PS, il a tout de même pris le contre-pied de Ségolène Royal sur la question de la carte scolaire, qu’il ne souhaite pas supprimer. Pique ensuite envers Dominique Strauss-Kahn : « Un camarade disait tout à l’heure: il n’y a pas d’ouvriers au PS. Je ne sais plus lequel. Si, il y a des ouvriers en France et au Parti socialiste ».

  • François Hollande

La conclusion est revenue à François Hollande, non pas en tant que prétendant mais en tant que Premier secrétaire du PS. Il a affirmé « l’importance d’imposer les thèmes de confrontation avec la droite », cet « adversaire dont la force » lui sert « à détruire, pas à construire ». D’ailleurs, selon le n°1 du PS, « Sarkozy est responsable de la situation en France depuis 2002 ». Il a donc dressé devant les militants ces « thèmes de confrontation » : la place de la France dans le monde, le partage entre l’Etat et le marché (la nécessité d’un secteur public) et les questions de l’égalité (d’abord fiscale, et il affirme d’ailleurs qu’il n’y aura pas de baisse d’impôts sous présidence PS, ensuite de pouvoir, il se prononce même contre l’immunité pénale du président).Suite de la procédure : le dépôt des candidatures avant le 3 octobre.

Et les sondages?

C’est « la meilleure ». Un sondage LH2 à paraître lundi dans Libération, réalisé après le « grand oral des présidentiables » samedi à Lens, donne Ségolène Royal en tête des « meilleurs candidats socialistes » pour 2007. Invités à en mentionner trois, les sympathisants de gauche citent en premier, à 62%, la députée des Deux-Sèvres. Elle obtient sept points de plus qu’en août et retrouve son score de juin. Toutefois, ses concurrents gagnent du terrain. En seconde position, Dominique Strauss-Kahn obtient 30% de citations (+6 points par rapport à août) et Lionel Jospin, 29% (+5 points). Fabius gagnant: Jack Lang est le seul à reculer, d’un point, à 22%. S’il arrive en 5e position, Laurent Fabius est cependant celui qui a le plus gagné : il est cité par 16% des sympathisants de gauche, soit une progression de sept points par rapport au mois dernier. Martine Aubry (15%, +3) et François Hollande (13%, +1) ferment la marche. 12% des sympathisants de gauche ne se prononcent pas.

D’après AFP

Et les militants?

A Lens, les supporters de foot ont l’habitude d’un gagnant et d’un perdant. Samedi, après plus de trois heures de débat de bonne tenue, les militants socialistes ont eut peine à désigner un vainqueur parmi les candidats déclarés ou potentiels. « Rien n’est joué », entendait-on ici ou là, tout le monde se réjouissant d’un tel rendez-vous à deux mois du vote des adhérents. Un rappel à l’humilité nécessaire face à l’avalanche de sondages « qui peuvent être si trompeurs », comme l’a rappelé un jeune adhérent.

Ainsi « la compagne commence », comme l’affirmait début septembre Lionel Jospin. Col ouvert et sans cravate, l’ancien Premier ministre a affirmé que le candidat « devrait porter les valeurs de la gauche et entraîner les forces populaires », se posant en défenseur du parti que Ségolène Royal est accusée de contourner. La matinée a offert un nouvel épisode du duel à distance entre la présidente de Poitou-Charentes et Lionel Jospin, avec Laurent Fabius dans le rôle du « troisième homme », livrant un discours musclé, la voix tantôt brisée par la colère, tantôt par l’émotion. Alors que les enquêtes d’opinion le classent dernier de la primaire interne, le député de Seine-Maritime a fait jeu égal à l’applaudimètre avec ses principaux concurrents. « Pour moi, Ségolène reste la meilleure mais Laurent nous a vraiment ébranlés ce matin », a expliqué, émue, Janine, 61 ans dont 20 de parti. « Fabius s’est enfin lâché, c’est certain. Mais quel impact cela aura dans la presse et au sein du parti, on ne sait pas », a commenté Laurent, 33 ans, un des ses partisans.

« Ségolène apprend vite »

Comment déterminer également l’effet du discours tonique et rassembleur de Lionel Jospin chez les militants? « Il a bien parlé, nous aurons besoin de lui, mais pour moi, c’est un peu l’homme du passé. L’heure est venue d’une nouvelle génération », affirmait Martine, une ségoliste enthousiaste. Même tonalité à l’autre bout de la salle pour Paul, un fonctionnaire de 38 ans : « Strauss-Kahn a été bon. Lionel, je ne l’ai pas senti déterminé et dans la peau d’un candidat, mais plutôt d’un guide rappelant ce que doit défendre la gauche ».

Déterminée, Ségolène Royal, elle, l’est plus que jamais. La réunion n’a pas tourné au plébiscite, mais la très probable candidate à la candidature a été chaleureusement applaudie lors de son départ avancé pour cause de rendez-vous en Espagne. Souvent critiquée pour les distances qu’elle prendrait avec le programme du parti, la députée des Deux-Sèvres s’est référée d’emblée au « projet socialiste », suscitant l’approbation de Georges, 63 ans, militant fabiusien: « Si elle est désignée, elle aura besoin de s’affirmer sur des idées en rupture avec celles de Sarkozy. Et nous la soutiendrons sans état d’âme ». Sur la forme, si certains adhérents l’ont trouvée « un cran en dessous », en comparaison avec le souffle d’un Fabius, tous ont reconnu « qu’elle apprenait très vite ». « Je ne l’aurais pas imaginée à ce niveau il y a un an, confie un des nombreux militants qui n’a pas encore fait son choix. Et puis, si elle a pu paraître un peu tendue , on peut le comprendre : elle n’avait pas le droit de trébucher pour ce premier débat ». Un exercice réussi donc.

Défendre un projet

A écouter les militants, le déferlement des petites phrases assassines ces dernières semaines n’a pas marqué les esprits. Le PS a franchi samedi dans le calme l’obstacle de son premier round entre présidentiables. « Quand on a la chance d’avoir deux anciens Premiers ministres et quatre anciens ministres qui d’ailleurs ont tous travaillé ensemble à un moment donné, on ne doit pas se disperser dans les divisions », a résumé Guy Delcourt, le maire de la ville qui accueillait ce grand oral.

A l’unisson, deux militants MJS de 25 ans ont rappelé que « l’objectif était avant tout de défendre un projet. Lors de nos tractages sur les marchés, on ne nous parle pas de Ségolène, de Lionel ou de Laurent mais de chômage, salaires et crise de l’éducation. Nous aurons au final un bon candidat ». Après le 3 octobre, date de dépôt des candidatures, d’autres débats seront organisés par le parti. Un exercice irremplaçable pour « que les sondages n’influencent pas trop notre choix », espère Fabien qui presse le pas pour faire dédicacer un livre par Lionel Jospin. « Et ce ne sera pas forcément le souvenir d’un homme du passé », sourit-il. Réponse dans deux semaines.

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